Fabrication du vaccin à ARN messager contre la Covid
Les vaccins à ARN messager sont constitués, comme leur nom l'indique, d'une molécule d'ARN messager insérée dans une nanoparticule lipidique. L'ARN messager est une copie (temporaire) d'un segment d'ADN codant une protéine. Dans le cas du vaccin à ARN de la Covid 19, la protéine codée est un fragment de la protéine spike qui permet au virus de s'arrimer aux cellules qu'il s'apprête à infecter. Une fois le vaccin injecté dans l'organisme, les molécules d'ARN messager servent de template aux cellules pour qu'elles produisent ce type de protéines qui seront reconnues comme étrangères et stimuleront la réponse immunitaire adaptative.
Production du vaccin, l'exmple du vaccin Pfizer-BioNTech
La production du vaccin commence par celle de plasmides, des brins d’ADN circulaires dans lesquels on insère, par une opération de génie génétique, le segment d’ADN qui code le ou les antigènes chargés de déclencher la réaction immunitaire au sein de l’organisme. Cette opération de très haute technicité est réalisée dans l’usine Pfizer de Chesterfield dans le Missouri.
Les plasmides sont ensuite insérés dans des bactéries e-coli ou ils vont se dédoubler, voire quadrupler. Placées dans un milieu rempli de nutriments, les bactéries e-coli se divisent toutes les 20 minutes. A chaque division, les plasmides sont répartis au hasard dans les cellules filles mais au rythme de la reproduction cellulaire (x8 toutes les heures) on obtient plusieurs milliards de bactéries contenant des plasmides en une demi-journée. Après 3 jours de croissance exponentielle, on ajoute à la soupe ainsi obtenue une solution chimique qui détruit l’enveloppe des bactéries et libère les plasmides. Le tout est ensuite filtré et purifié pour ne récupérer que les plasmides dans une solution neutre. Après un contrôle de l’intégrité et la conformité des plasmides, ceux-ci sont linéarisés. Cette opération consiste à découper le segment d’ADN utile au moyen d’un complexe enzymatique. La solution est à nouveau filtrée, purifiée et testée pour ne récupérer que les brins d’ADN utiles. Ils sont congelés à -20 degrés.
La production de plasmides est le produit d’un enchaînement d’opérations de très haute technicité nécessitant un appareillage très sophistiqué, fonctionnant dans un environnement contrôlé (pureté de l’air, température…) et manipulé par un personnel très hautement qualifié. Il existe au monde très peu d’usines qui possèdent la technicité suffisante pour réaliser ce type d’opérations. Celles qui le font sont de petites structures qui, jusqu’à présent, ne produisaient que de faibles quantités pour des labos. L’usine de Chesterfield est à ce jour l’une des seules au monde capable de produire des plasmides par batch de plusieurs milliards avec le degré de qualité requis pour réaliser un vaccin sûr et efficace.
Les plasmides congelés sont ensuite acheminés vers deux usines, l’une aux Etats-Unis, l’autre en Allemagne, à Mayence (l’usine BioNTech). Celles-ci procèdent à la transcription de l’ADN en ARN messager au moyen d’un autre complexe enzymatique (une ribonucléoprotéine). Nouvelle étape de purification et de contrôle pour ne conserver que les mRNA et tester leur conformité. Ils sont congelés à nouveau et acheminé vers une autre usine, située à Puurs en Belgique pour l’Europe.
Dans cette usine on a préparé les lipides qui vont constituer l’enveloppe lipidique des nanoparticules contenant le mRNA. On peut dès lors procéder à l’assemblage de celles-ci dans un milieu contrôlé. Vient ensuite une nouvelle phase de test avant le flaconnage, la congélation finale et l’expédition.
Remarque : le processus de production du vaccin Pfizer est détaillé dans des articles de journaux comme USA Today ou le New York Times.
En guise de conclusion
On aura compris que la propriété intellectuelle liée au vaccin proprement dit (la description des antigènes sélectionnés ?) ne pèse pas bien lourd à côté des investissements énormes, du savoir-faire et de la formation hyper-spécialisée des personnels impliqués dans la production de ce vaccin. Qu’est-ce qu’une description qui tient sur quelques pages peut dire de l’ensemble des processus existants (protégés par des brevets antérieurs) ou développés par Pfizer (ou d’autres) pour répondre à la crise sanitaire ? Le battage médiatique autour de ce sujet démontre surtout la méconnaissance de ce contexte par ceux, hommes politiques, ONG, bloggeurs ou journalistes qui l’ont alimenté. Peu de pays au monde sont capables de se doter des moyens de production de ce type de vaccin… et de toutes façons pas avant plusieurs années ! Et ces pays ne sont bien évidemment pas les plus pauvres mais des pays qui disposent déjà d’une infrastructure en matière d’industrie pharmaceutique et qui sont avides d’avoir accès à une part du gâteau.

